Le dernier juif de Yoram Kaniuk
Evenezer Schneorsohn était persuadé qu'il serait le dernier rescapé des camps, le dernier juif. Il a cherché à emmagasiner dans sa mémoire l'ensemble du savoir juif. Il a retenu des livres entiers, des listes de noms de villages disparus, la bible, la théorie de la relativité, des recettes de cuisine, des poèmes ...pour retenir tout ça, il a dû vider sa mémoire de tout souvenir personnel. Il a perdu sa personnalité. Plus tard, il est devenu un sujet d'étude pour un centre de recherche de Tel Aviv, pour un écrivain allemand et pour un vieux professeur de littérature.
Voici ce que je croyais être l'argument de ce roman, trompée par la quatrième de couverture. C'est une idée séduisante même si l'on peut considérer qu'il était inutile d'apprendre la théorie de la relativité, qu'elle ne risquait pas de se perdre celle-là. Mais quelques invraisemblances n'ont jamais nui à un roman pourvu qu'il maintienne une cohérence d'ensemble.
J'ai donc acheté et lu ce pavé de 600 pages, lentement et avec beaucoup de difficultés. L'histoire d'Evenezer est noyée au milieu d'une sorte de jungle, comme une légende hassidique tentaculaire qui se développe dans toutes les directions au point d'étouffer le lecteur. Toutes les histoires sont reliées à la dynastie de Bienfait Secret, un rabbin qui s'enferma 19 ans dans une cave pour étudier la mystique tandis que sa femme vendait des gâteaux par le soupirail. Et c'est parti... Une vierge veuve mariée, un beau gosse qui sème sa descendance dans tous les utérus à portée, l'émigration aux États Unis, la colonisation d'Israël, l'holocauste, les camps, les nazis d'autant plus fascinants qu'ils sont plus ignobles, une femme belle et amère dont le fils est le petit fils, un écrivain américain à succès dégoûté de sa propre vie, les fils qui meurent dans les guerres ou dans les suicides, les entreprises de commémoration, un allemand rongé par le remord d'une autre génération, la souffrance du bois, et celle des hommes qui n'en finit jamais, jamais, jamais.
Et j'en ai oublié... Plein... Heureusement pour moi. Je me suis perdue dans ce flux tempétueux de mots sans jamais voir la lumière, sans comprendre la logique, l'organisation du roman. Tout ça a fini par devenir pour moi un fatras.
Je complexe. Je sais que ce roman a été salué comme un véritable chef d'oeuvre, que Yoram Kaniuk a mis des années à l'écrire, que c'est l'oeuvre d'une vie. Alors qui suis-je?