Paris - Delhi - Bombay ... au Centre Pompidou
Cette exposition est tellement formidable que j’ai envie d’y inviter tout le monde et d’y retourner ! C’est l’exposition Paris – Delhi – Bombay du Centre Pompidou. Grâce au ciel, elle dure jusqu’au 19 septembre 2011 et nous aurons largement le temps de faire tout ça.
Le Centre Pompidou a mis quatre ans pour concevoir et réaliser cette exposition. Ils ont invité une cinquantaine d’artistes des scènes indiennes et françaises à participer à cette exposition dont le thème est la société indienne. Ce thème est évident pour les artistes indiens, moins pour les occidentaux. Mais toutes les participations font sens (à peu près).
L’exposition est organisée en six thèmes autour d’un espace circulaire didactique. Dans ce hall, une grosse tête de dame indienne accueille le visiteur. Ses traits reflètent l’absence d’expression des divinités hindoues. Autour d’elle, des explications et des portes qui mènent vers 6 thèmes : politique, urbanisme environnement, religion, foyer, identité, artisanat.
On passe la porte et chaque fois, on est submergé, surpris, interpellé par une multitude d’œuvres. Des vidéos, des installations, des dessins, des photographies, des sculptures… L’exposition est très dense, très inventive. Elle fait notamment ressortir cette qualité indienne de créer du merveilleux avec des moyens dérisoires. Mais cette esthétique qui va sans hésiter jusqu’au kitsch, et qui inspire notamment Pierre et Gilles (qui sont là) n’est pas la seule, loin s’en faut.
Pour vous mettre l’eau à la bouche, je vais vous montrer quelques œuvres.
Tout d’abord, en tête de l’article, vous pouvez voir une grande œuvre d’Alain Declercq qui a tiré 12500 coups de pistolet sur un plateau mélaminé noir pour représenter la frontière indo-pakistanaise. Bien entendu, là, en photo, ça ne rend pas grand-chose. J’avais déjà vu de telles œuvres. Alain Declercq en a fait tout une série. Mais jamais je n’avais été frappée à ce point par la violence qui s’en dégage. La violence est dans le moyen, et elle exalte celle du sujet.
Cette deuxième œuvre est à l’entrée de l’exposition, c’est un mur de déchets informatiques réalisé par Krishnaraj Chonat. Je l’ai sélectionnée pour mes amis informaticiens dont une partie des métiers ont disparu de nos contrées au profit des usines de développement indiennes. Elle m’évoque aussi fortement certaines salles informatiques mal organisées que j’ai pu connaître, qui tenaient plus du souk que de la salle blanche. Ah ! Ces entrelacs de câbles ! Nos sociétés occidentales envoient souvent leurs déchets polluants en Inde. Amiante, composants toxiques, nous ne voulons pas savoir ce qu’ils en font.
De nombreuses œuvres de l’exposition ont trait à la douloureuse condition féminine indienne. Encore plus douloureuse est la situation des homosexuels et carrément périlleuse celle des hijras, cette communauté de personnes qui ne sont ni des hommes ni des femmes. Tejal Shah oppose une série de photographies qui les met en scène dans une imagerie bollywoodienne à une autre série réaliste qui montre la violence à laquelle elles sont en butte.
Dernière œuvre évoquée, mais je n’ai hélas pas trouvé de photo, l’installation de Leandro Erlich. Je l’ai choisi à cause de son nom ! C’est une très jolie idée. Le spectateur arrive comme un voyeur dans une chambre parisienne dont l’occupante a laissé trainer ses vêtements au pied d’un lit en désordre. Puis il remarque les deux fenêtres, l’une donne sur le vrai paysage vu depuis le 6ème étage de Beaubourg, les toits gris de Paris, l’autre sur une rue surpeuplée, animée, bruyante et chaude de Bombay.
Et tant et tant d’autres œuvres…