Pan d’après J. M. Barrie au Théâtre de Paris

Publié le par Rhoda

Pan

 

Mercredi dernier j’ai fait quelque chose qui m’arrive rarement : une sortie entre filles. J’ai peu de copines. Ce soir-là, j’avais invité Zénobie au théâtre à l’occasion de son anniversaire. Je ne dirai pas « fêter » mais il faut bien trouver des consolations.

 

C’est justement parce que c’était une histoire d’anniversaire et d’âge que j’avais choisi le spectacle monté par Irina Brook au Théâtre de Paris : Pan. Le Théâtre de Paris est un très joli théâtre à l’italienne, situé rue Blanche. Il est entouré de petits restaurants sympathiques qui complètent agréablement la soirée.

 

Irina Brook est la fille de Peter Brook, le metteur en scène qui nous a enchantés pendant des années avec ses mises en scène de Shakespeare au Théâtre des Bouffes du Nord. Sa mise en scène de la pièce de J. M. Barrie (et oui, c’est pas Walt Disney qui a inventé Peter Pan, réveillez-vous) suit la trace du travail de son père. Elle travaille avec une troupe d’acteurs de tous les horizons, de tous les accents. Plus encore que lui, elle mêle tous les arts vivants : cirque, chanson, théâtre, danse… dans une gaie sarabande qui frise parfois l’excès.

 

Ils sont doués, ces acteurs. Le jeune Louison Lelarge incarne un Peter Pan au corps délié, à la gestuelle fluide et élégante, mais sa voix aurait parfois besoin d’être posée. Même chose pour Wendy (Babet, violoniste du groupe Dionysos) qui nous horripile parfois avec son ton nasillard mais nous ravit quand elle chante. J’ai encore envie de citer John (Nuno Roque) à la personnalité éclatante, drôle quand il danse ou quand il campe le plus fidèle des sujets de sa majesté et qui sait devenir inquiétant quand il postule au rôle de pirate. Et aussi Johanna Hilaire, fée clochette, sirène, une bombe d’expression avec son petit sifflet. Les pirates forment un orchestre vivant. Les garçons perdus miment, dansent cabriolent.

 

Irina Brook rétablit la pièce dans son ancrage british. Elle mêle des citations shakespeariennes au texte des acteurs. Ce décalage (Shakespeare dans la bouche des héros de notre enfance) est sans doute ce que j’ai trouvé de plus drôle avec les costumes de la sirène et du crocodile. La mort rôde pourtant, l’absence de la mère, les fausses morts de Wendy ou de Clochette, celle de Hook. Peter Pan refuse de vieillir, il refuse cette menace mais elle reste au premier plan.

 

Ce spectacle, même s’il souffre de quelques longueurs, de quelques approximations, a ses jolis moments de poésie. Il vit d’une belle énergie aussi. On peut le voir à tout âge, à condition de ne pas jouer les blasés. Je crois que Zénobie, parfumée des odes de l’orient, a bien aimé aussi.

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Publié dans Théâtre

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