Winter's bone de Debra Granik

Publié le par Rhoda

Winter's bone

Ce matin, je suis allée faire un tour chez les ploucs. Chez des ploucs états uniens et c'est pire que tout ce que vous pouvez imaginer. Pourtant, j'ai passé mon enfance à la campagne, je sais ce que c'est qu'une ferme, une vache et une réserve de bois. Mais la Bresse profonde, à côté de ce que j'ai vu ce matin, ça a le raffinement de la Grèce antique.

J'ai du mal à me mettre. Le film s'appelle Winter Bone. Il est âpre. Il vous brûle l'œsophage comme du whisky frelaté. J'ai du mal à m'en remettre mais je me sens nettoyée.

Laissez moi vous camper le décor. Dans de sauvages et froides montagnes, des gens vivent dans de petites bicoques de bois délabrées, chacune entourée de son dépotoir particulier. La vie est dure, l'argent rare. Quand ils vont tirer sur des écureuils, ce n'est pas par cruauté mais pour les manger. D'ailleurs les écureuils sont énormes! Quand ils ne sont pas fermiers et obèses, ils fabriquent de la méthamphétamine et se droguent. Parfois une maison abritant cette dangereuse activité saute. Ils laissent ça comme ça et recommencent plus loin. La loi du silence pèse et les englue tous.

Dans l'une de ces bicoques, la jeune Ree, 17 ans, assume des responsabilités bien au dessus de son âge. Son père a disparu. Elle s'occupe de son petit frère et de sa petite sœur. L'esprit de sa mère a lâché prise et elle est une charge supplémentaire. Catastrophe supplémentaire, avant de disparaitre, son père a hypothéqué la maison et le terrain pour payer sa caution. Il ne s'est pas présenté au tribunal le jour dit. La maison sera saisie dans une semaine.

Poussé par l'instinct de survie de la louve à qui on va enlever ses petits, Ree se lance à la recherche de son père. Toute la meute se ligue contre celle par qui le scandale arrive. Tous cherchent à la décourager, de leurs conseils ou de leurs poings. Dans sa quête, elle croise des personnages effrayants, des sorcières cruelles. Petit à petit elle comprend qu'elle peut tout au plus retrouver des preuves de la mort de son père. Les signes d'espoir sont minces : le soutien d'une amie, celui d'un oncle gris et miné.

Pour prouver un décès, il faut rapporter les deux mains du cadavre à la police, perce qu'ils ne sont pas rares les petits malins qui se sont coupés une main pour échapper aux poursuites.

L'ambiance réaliste de ce film éclaire la vérité vécue par ces laissés pour compte de la société. Ils nous paraissent tout aussi éloignes de nous que des personnages de western. Et pourtant...

Je conseille vraiment ce film. Le cinéma, ce n'est pas qu'une industrie de distraction, on a trop tendance à l'oublier, moi la première. Voir ce film est infiniment plus intéressant que d'écouter un abruti se couper un bras dans un canyon parce que sa ballade a mal tourné. C'est encore une parcelle de l'insondable.

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Publié dans Films

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