Andromaque de Jean Racine
Andromaque, une des plus grandes tragédies classiques françaises. Ca fait peur, non ? Il paraît que c'est la plus enseignée au lycée, mais pas de chance, je suis passée à travers ce grand crible. C'est aussi l'une des pièces les plus montées à la Comédie Française, l'institution qui défend nos trésors théâtraux. Muriel Mayette, l'actuel administrateur de la Comédie Française a choisi d'ajouter sa mise en scène à la longue liste des mises en scène d'Andromaque. Il paraît que dans les milieux intellectuels parisiens, elle est fort contestée. Peut-être parce que son poste est très envié. Personnellement quand je regarde le programme de cette institution, je constate que j'ai vu trois des pièces et que j'en ai été ravie. Et comme metteur en scène, c'est pareil : j'ai été éblouie par cette Andromaque.
Pour une fois, j'avais égoïstement choisi de ne pas inviter les Affreux et d'organiser une sortie en amoureux avec l'Homme. Il était tout aussi ravi que moi, vendredi soir, d'avoir cette occasion de compléter sa culture classique. Nous avons nos petits rituels, nous n'y avons pas manqué : nous sommes arrivés une heure à l'avance pour déguster deux coupes de champagne au foyer du théâtre, sous le regard pétillant de la belle statue de Voltaire.
Je vous résume la trame de la pièce. Oreste arrive en Epire pour mener une ambassade auprès de Pyrrhus. En fait il veut revoir Hermione, promise à Pyrrhus. Oreste aime Hermione qui aime Pyrrhus qui lui préfère sa captive Andromaque mais comme il a tué Hector, le mari d'Hector, Andromaque ne peut l'aimer. L'arrivée d'Oreste, quatrième côté du triangle amoureux, provoque l'explosion des passions.
Ces personnages sont liés par une histoire plus ancienne, celle de la guerre de Troie. Vous vous rappelea peut-être que nous avons déjà vu Pyrrhus, le fils d'Achille, sous le nom de Néoptolème dans la pièce de Sophocle : Philoctète. Pourquoi s'appelle-t-il parfois Néoptolème, parfois Pyrrhus ? J'avoue que je ne sais pas. Pyrrhus est peut-être son nom de roi d'Epire. Mais c'est bien le même dont il s'agit, le fils d'Achille, que les grecs sont allés chercher parce qu'il était dit qu'il leur ferait gagner la guerre. Oreste est quant à lui le fils d'Agamemnon tandis qu'Hermione est la fille du roi de Sparte Ménélas et d'Hélène, qui causa la guerre. Il faut avoir tout ça en tête, quand on les regarde s'aimer et se déchirer, aiguillonnés par leurs passions et leurs fiertés.
Murielle Mayette a choisi d'évoquer la grèce antique. Le décor se compose d'immenses colonnes doriques, d'abord devant un mur de palais percé d'une porte sombre où Pyrrhus se dégage lentement de l'obscurité, puis devant un paysage de sable et mer. Le vent agite lentement les voiles délicats qui composent les vêtements des acteurs. C'est très beau.
Parmi les acteurs, mes préférences vont à Eric Ruf, Pyrrhus, douloureux, ténébreux à la belle voix grave et à Léonie Simaga, une hermione incandescente. On a parfois le sentiment que certains des acteurs se laissent aller trop facilement à une scansion formatée des vers. Elle est encouragée par le parti pris de lenteur et le jeu de scène hiératique. Au moins, on comprend tout.
Nous avons applaudi longtemps. Quand nous sommes sortis, les yeux encore plein de sable, de sang et de larmes, l'Homme a souhaité prolonger la magie de cette soirée. Il m'a entrainée au bar du Meurice, pour un petit encas. Ca aussi c'était bien ! La distraction était moins noble mais entre le champagne, le club sandwich et le spectacle des minettes perchées sur leurs Louboutin, nous nous sommes beaucoup divertis.