J'ai relu Eugénie Grandet

Publié le par Rhoda

 

Édouard Manet, portrait de Monsieur et madame Manet, 1860, Musée d’Orsay, Paris

 

 

Édouard Manet

Portrait de Monsieur et madame Manet, 1860, Musée d’Orsay, Paris

 

C’est un étrange phénomène de mémoire. J’ai déjà lu Eugénie Grandet deux fois dans ma vie. La première fois j’étais adolescente, lycéenne. La deuxième fois jeune adule. Maintenant, je suis une femme mûre (il faudra un jour que j’examine cette notion et la déception que j’éprouve), je viens d’achever ma troisième lecture.


J’avais gardé un très bon souvenir de ce roman, de ces personnages, de l’atmosphère de cette bonne société de province et même de la maison sombre et froide, des habitudes austères de la famille Grandet.


Cette fois, je me suis plus intéressée aux phénomènes micro-économiques décrits. Auparavant, j’étais passée très vite. Sans doute l’expérience de mon passage au tribunal de commerce m’a-t-il rendu plus réceptive à ces aspects. 

 

On croit souvent que Balzac exagère, que les milieux d’affaires sont plus ouverts et moins magouilleurs, que ses propres échecs l’ont rendu trop amère. Bien entendu il n’en est rien. Même aujourd’hui, les ententes occultes entre gens du même monde l’emportent sur l’intérêt général, la loi ou la simple logique. Guillaume Grandet, le Grandet de Paris, frère de celui de Saumur, avait réussi à la capitale. Voilà qu’il fait faillite. Il se suicide, laissant à son frère le soin de s’occuper de son fils. Et la province se venge de Paris. La province parcimonieuse, âpre au gain, où l’on ne soigne pas les malades, où l’on n’allume le feu que dans la salle commune se venge du Paris brillant et dispendieux qu’elle méprise.


A cette époque-là, la faillite est infamante. Elle ne l’est plus, réjouissons-nous. Elle est infamante parce qu’elle prive les créanciers de leur dû, parce qu’elle peut entraîner leur perte à leur tour. Grandet invente le moyen de faire patienter les créanciers de son frère pour éviter que la faillite soit déclarée. Il y réussit grâce à sa seule réputation de fortune. Il ne paie rien pendant sept ans. Il les use.


Je croyais me souvenir tout aussi bien de la fin. En fait, je l’ai entièrement fantasmée. Je suis stupéfaite de cet écart de mémoire. Je vous raconte ma fin. Même si je sais à présent qu’elle n’est pas de Balzac, j’y tiens beaucoup.


Charles est revenu des contrées lointaines où il s’est enrichi dans le commerce d’esclaves. Il s’installe à Paris où il brigue une haute position sociale que peut lui procurer un mariage avec une fille noble et ruinée (on est sous Louis Philippe et la noblesse retrouve son arrogance). Il envoie une simple lettre à Eugénie, lettre ignoble, cynique, pour rompre leur engagement. La pauvre fille abandonne tout espoir et s’enferme dans la routine mesquine qu’avait instaurée son père. Mais le mariage de Charles est compromis par les créanciers de son père qui menacent de déclarer la faillite et de le déshonorer. Eugénie l’apprend et décide de payer toutes les dettes rubis sur l’ongle, grandeur d’âme et vengeance. Charles prend alors conscience de l’étendue de la richesse de sa cousine. La beauté de ses yeux gris, le charme de sa pureté lui reviennent en mémoire par la même occasion. Il se précipite à Saumur, accomplit le trajet d’un trait, sous la pluie battante. Arrivé sous les fenêtres d’Eugénie en pleine nuit, il frappe, crie, la supplie de lui ouvrir. Elle se tient derrière les volets clos. Son cœur bat à tout rompre. Elle éprouve la tentation de tout pardonner de choisir de croire à cet amour. Mais le caractère de son père est devenu plus fort en elle. Elle n’ouvre pas. Charles finit par repartir. Il se marie brillamment. Elle reste demoiselle, couvée par la grande Manon, confite en dévotions, malheureuse. Tout espoir de tendresse terrestre est mort en elle.


Cette scène nocturne n’existe pas ! Charles est enchanté que sa cousine sauve son mariage et c’est tout. Sur les instances de son directeur de conscience, Eugénie se marie (elle se marie !) avec le président de Bonfons. C’est un mariage blanc. En plus il meurt. Elle est encore plus riche. Elle se comporte comme une sainte, elle a ses œuvres. Elle était faite pour être l’âme d’un foyer douillet et pluripare. Elle s’est comportée en amour comme son père en argent. Mais son placement était mal évalué. A la fin, Balzac ouvre même la perspective sur un deuxième mariage ! Avec un marquis ! J’en reste baba.


Ce souvenir est si précis en moi que je n’ai pas pu l’inventer. D’ailleurs, je n’ai pas l’imagination nécessaire, ce qui me chagrine. J’ai dû emprunter cette fin à un autre livre mais lequel ? cette énigme me ronge. Quelqu’un peut m’aider ?

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Publié dans Livres

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A
<br /> Je livre est très bien. Cependant, je trouve le vocabulaire un peu trop compliqué pour moi. Peut-être que je le relirais quand je serais adulte.<br /> J'ai publié mon avis sur mon blog.<br /> Bonne continuation !<br /> <br /> <br />
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