La Muse du Département, de Balzac

Publié le par Rhoda

Frances Kemble Butler, Henry Inman, 1834, Brooklyn MuseumCe week-end pluvieux m'a permis de lire un nouveau roman des scènes de la vie de province, La Muse du département. Encore une fois, il s'agit d'un portrait de femme, Dinah et du choc entre la province et Paris. Dinah vit en province, à Sancerre, à la frontière entre la bourgeoisie et la noblesse. Elle s'est mariée par calcul à Mr de la Baudraye qui ne la satisfait ni physiquement ni intellectuellement. Dinah a des prétentions littéraires, c'est une George Sand au petit pied. Elle entretient autour d'elle une cour et des prétendants sans jamais tomber de son piédestale.

 

Mais un beau jour, elle reçoit des parisiens, deux hommes à la mode: Bianchon, le fameux médecin homme de science et d'esprit dont elle dédaignera la valeur et Lousteau, critique et feuilletoniste, un eunuque de la littérature dans les bras duquel elle tombera, confondant passion et désir de passion, talent et faiseur de bons mots.Elle vaut beaucoup mieux que Lousteau, mais comme elle est femme, elle ne trouve pas d'autre emploi à son esprit supérieur que de le jeter aux pieds d'un homme et de devenir remarquable non par ses oeuvres mais par son déshonneur sublime.

 

Heureusement, Balzac la sauve, celle-là. Son mari est content de récupérer les enfants qu'il n'avait pas su lui faire et il se conduit à peu près bien pourvu que désormais les apparences soient sauves. Dinah rentre au bercail.

 

Tout au long du roman, dinah lit et relit Adolphe, de Benjamin Constant. Elle se compare à Elléonore qui abandonne tout elle aussi pour vivre un amour dont son jeune amant se lasse vite. Lousteau lui fait cyniquement remarquer combien les hommes et les femmes adoptent des lectures différentes de ce roman. Pour ma part, j'ai toujours adopté le point de vue masculin et le jeune homme m'a toujours paru plus à plaindre que sa maîtresse. Dinah parvient à éviter son triste destin dans un sursaut de réalisme.

 

La référence pour ces femmes éprises de littérature est bien sûr George Sand qui s'amusera de cette parodie de portrait que lui tend Balzac. Mais Balzac aime et respecte trop Sand pour ne pas souligner que Dinah est tout aussi inférieure à Sand que Lousteau lui est inférieur. Ni l'un ni l'autre n'ont la volonté nécessaire au travail de  la création. Même s'ils en avaient le talent, cela ne se découvrirait jamais.

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Publié dans Livres

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J
<br /> Coucou, à l'époque où l'idée même de lire Balzac me plongeait en catalepsie, après avoir subi l'Eugénie Grandet scolaire, je me suis prudemment mis à lire les "petits" romans de Balzac, La Duchesse<br /> de Langeais, Un Prince de la Bohème, La Muse du Département. C'est là que j'ai appris à rire avec Balzac, ce qui n'était pas gagné au départ, et je me suis ensuite approché des gros monstres avec<br /> cette idée que j'allais y sourire. Parce que Balzac est drôle et c'est ce qu'on ignore trop souvent. Depuis je crois m'être appuyé presque tout. Ces romans ont été ma porte d'entrée.<br /> <br /> <br />
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