Week-end pluvieux à Bruxelles
Si je laisse ma mémoire en roue libre, d'ici un mois ou deux, que me restera-t-il comme souvenir de ce week-end du 11 novembre à Bruxelles ? la pluie, surtout la pluie, obsédante. Nous nous y attendions, mais à ce point là ! Elle n’a pratiquement jamais cessé de tomber pendant ces 4 jours. C’est pourtant très injuste alors je vais collationner ici de quoi pallier les défauts de nos mémoires.
Nous sommes arrivés jeudi matin à la gare du Midi qui est une horreur. Heureusement, l’hôtel Métropole tenait lui ses promesses avec ses larges espaces art déco et son personnel accueillant. Munis des recommandations de Michoco, nous nous sommes précipités sur la Grand-Place. C’est un endroit extraordinaire, bordé de bâtiments qui créent à la fois une grande unité et une grande variété. L’hôtel de ville surtout est remarquable, c’est le seul qui ait survécu au bombardement organisé par Louis XIV, du gothique flamboyant couvert de statues qu’il faudrait toutes contempler. Mais voilà, la pluie commençait à tomber alors nous avons fait ce que nous allions faire tout le week-end : nous nous sommes réfugiés dans un estaminet, pour boire nos premières bières et goûter nos premiers plats belges.
Autant régler ce point tout de suite et en bloc
.
La bière d’abord. Je n’aime pas, en général. Mais il a bien fallu s’y faire alors j’ai découvert que j’aimais la Kriek (au goût acidulé de cerises) et la gueuse (bière à fermentation spontanée, typiquement bruxelloise. Nous avons aussi goûté la Kwak (couac), qui se boit dans un verre à fond rond posé dans un support de bois. Pour l’essentiel, l’Homme est resté fidèle aux bières blondes et légères.
La cuisine ensuite. La cuisine belge présente de nombreux points communs avec celle du nord de la France que nous avions tant aimée à Lille. Nous avons goûté le lapin à la gueuse (délicieux), le stoemp saucisse (ça se prononce stoump, c’est une purée pommes de terre / épinards, ça vous scotche), les gaufres de Bruxelles, la carbonade flamande, le pressé de tête, la fondue de fromage (c’est une décevante croquette), le waterzooï gantois (au poulet, celui que j’ai tenu à manger en hommage à Pimprenelle était très mauvais, avec ses légumes pas cuits sur lesquels on avait simplement versé une sauce blanche sans grâce), les ris de veau sauce spéculos, les moules frites… Tout ça était sérieux et réconfortant.
Tout ça a tenu une large place dans le séjour mais nous avons quand même bravé la pluie pour visiter plusieurs quartiers. Nous ne nous sommes pas aventurés en dehors du pentagone au cours de nos promenades, ou très peu. Nous sommes passés et repassés sur la Grand-Place sans jamais nous en lasser. Nous avons aussi parcouru plusieurs fois les galeries Saint-Hubert, au beau classicisme et aux innombrables boutiques de chocolat. Nous avons vu la place Ste Catherine et nous nous sommes arrêtés dans le sympathique quartier du marché St Géry. Nous avons visité la très belle cathédrale gothique St Michel-Ste Gudule dans laquelle j’ai fort choqué l’Homme en singeant les dévotes (trop de Balzac en ce moment). Nous avons contourné l’immense et ignoble palais de justice en cherchant sous une pluie battante un restaurant qui était fermé. Je crois que l’Homme m’en veut encore pour cette marche forcée d’une heure dont son fameux chapeau menace de ne pas se remettre. Nous avons parcouru la très jolie place des Sablons, une fois sans marché et une fois avec quelques stands de brocanteurs qui bravaient la pluie. Nous avons bien entendu vu le Manneken-Pis et nous nous sommes exclamés comme tout le monde « qu’il est petit ! ».
Bruxelles laisse une impression mitigée. Certains endroits sont merveilleusement conservés, beaux à couper le souffle, mais les ravages de l’architecture bon marché et utilitariste de l’après guerre ne sont jamais loin. Et l’ambiance est celle d’une ville de province un peu assoupie.
Je suis allée deux fois aux Musées royaux des Beaux Arts. La première fois avec l’Homme. Je suis moins rapide que lui. Je n’ai vu que la moitié du musée d’art ancien, empêchée par la pause déjeuner qui fait fermer ce département. J’y suis donc retournée seule le dimanche matin. Nous avons apprécié des choses fort différentes. Pour ma part, je fus émerveillée par les peintures les plus anciennes. Il y a là bas une tentation de St Antoine de Jérôme Bosch où s’agite un bestiaire fascinant et répugnant. Qu’y avait-il donc dans la tête de ce saint ? Au plus près de lui, cependant, un corps féminin qui n’a rien de monstrueux le retient. Et puis il y a ce martyre de St Sébastien de Hans Memling où le saint n’est pas le bel éphèbe habituel mais un homme ordinaire qui semble supporter avec détachement d’être transformé en pelote d’épingles. Les réserves de flèches aus pieds des archers sont énormes ! De Memling on peut voir aussi de nombreux portraits d’hommes, sérieux bien que coiffés à la mode des années 70. Et puis il y a encore ce grand tableau de Lucas Cranach l’ancien qui montre Adam et Eve en pied, de part et d’autre de l’arbre de la connaissance, en train d’en croquer la pommé défendue. Eve entortille ses jambes l’une avec l’autre d’une drole de façon. Elle défend l’entrée de son sexe. Elle vient de comprendre que là est le péché. Pourtant son minois est tout à fait effronté. Et tant et tant d’autres…
Le musée expose de nombreux Rubens mais je ne suis pas fan. Ils sont taillés pour des cathédrales. Plusieurs d’entre eux avaient dû être décrochés à cause de la pluie qui s’infiltrait. Les salles étaient fermées. Je n’ai pas regretté mais j’ai pensé à ce film de Jean-Michel Ribes où un musée vit sa fin du monde.
Dans la partie Art Moderne, disons le tout net, le XIXème est croûteux, à part une salle. Le XXème est lui très intéressant. L’Homme s’est passionné pour Paul Delvaux, un peintre surréaliste belge, et sa crucifixion de squelettes. Et nous nous sommes amusés à relever que la tentation de St Antoine de Dali, avec ses éléphants aux longues pattes d’araignée, n’était pas sans évoquer celle de Jérôme Bosch.
A côté du musée des beaux arts se trouve le musée Magritte que nous avons visité lui aussi. Je ne vous raconterai pas. Vous savez tous ce que c’est et je suis un peu hermétique, malgré mes efforts.
En revanche, j’ai été très impressionnée par une exposition temporaire disséminée dans tout le quartier des musées et dans les musées même. Elle montre les œuvres du sculpteur mexicain Javier Marin. Ses sculptures montrent des corps humains éclatés et recomposés, souvent dans une résine qui rappelle la peau dans ses mauvais jours. Les têtes roulent. Les bouches crient. Ce n’est certes pas typiquement belge mais Bruxelles qui fête les 200 ans de l’indépendance du Mexique, c’est plus intéressant que Sarkozy qui fête les 40 ans de la mort de de Gaulle, non ?
Pour occuper nos soirées, nous sommes allés voir une représentation du théâtre de Toone. C'est un tout petit théâtre de marionnettes traditionnelles qui assaisonne des histoires bien connues à la mode Bruxelloise. Jeudi soir, nous avons vu l'histoire de Lagardère. Le cadre est très joli, dans les combles d'une très vieille maison, sous des dizaines de marionnettes de bois pendues aux poutres en attendant de reprendre vie. Et c'est drôle, grâce au parler des marionnettes qui même français et dialecte de Bruxelles.
Un autre soir, nous avons fait plus chic, nous sommes allés au Théâtre de la Monnaie, qui est l'Opéra de Bruxelles. Extérieurement, cette grosse bâtisse blanche ne paie pas de mine. A l'intérieur, les couloirs et les escaliers sentent un peu trop la peinture fraîche. Mais la salle est très belle, rouge et or, traditionnelle à l'italienne. J'avais pris de très mauvaises places et nous étions au dernier rang du plus haut balcon. Mais peu importe, c'était surtout pour vivre pas pour voir. Figurez-vous quà l'entracte, les Belges, qui sont par ailleurs un public exemplaire, sortent sur les marches du théâtre avec leur verre de bière.
Encore une remarque : je n’ai pas entendu dire « une fois ».
Nous avons eu du mal à rentrer, toujours à cause de ce sale temps qui déréglait les trains. Nous sommes pourtant prêts retourner à Bruxelles… en été.