| Le mardi, journée Vatican. J’avais pris la précaution de prendre une réservation à 11 heures pour les Musées du Vatican. Nous avions décidé de partir tôt mais nous avons un peu échoué. En plus nous avons trainé en chemin, sur le pont qui enjambe le Tibre en face du château St Ange. C’est un pont magnifique, orné de 10 grands anges qui portent les instruments de la Passion. Le pont et les anges sont l’œuvre du Bernin, encore une fois, le commanditaire en est Clément IX. Longtemps auparavant, l’empereur Hadrien avait fait construire en ce même emplacement le pont Aelius qui menait majestueusement à son mausolée. Le château St Ange est ainsi nommé depuis une ridicule histoire de miracle sous Grégoire 1er. Mais c’est d’abord et avant tout le mausolée qu’Hadrien fit construire pour lui et ses successeurs parce que le mausolée d’Auguste était plein. Une fois passé le pont, salués Hadrien et Caracalla, nous voici sur la théâtrale et très symétrique place St Pierre. Encore un obélisque ! ils l’ont piqué où celui-là ? Il était un petit peu tard et une petite file s’était formée sous la colonnade, à droite de la place. C’était en fait peu de chose et nous n’avons pas dû attendre plus de 10 minutes avant d’entrer. Mais suite à une erreur d’orientation, nous nous sommes trouvées dans la crypte de St Pierre, un lieu froid et sans mystère, un peu comme un couloir d’hôpital, en train de regarder les tombeaux des papes. Nous sommes passées rapidement mais autour de nous, un groupe de drôles de gens équipés de foulards jaunes reniflaient bruyamment devant la tombe de Jean Paul II, le béat, celui qui a couvert l’assassinat de son prédécesseur et les malversations de Mgr Marcinkus à la tête de la banque du Vatican. Un petit escalier, quelques marches …la nef de St Pierre de Rome, immense, toute de marbre et de mosaïques multicolores. Une fois Perle de Rosée revenue de son ébahissement, je l’ai entrainée vers la pietà de Michel-Ange, ce chef-d’œuvre absolu, signalé par un attroupement devant la vitre regrettable qui la protège. Michel-Ange avait 25 ans seulement lorsqu’il nous donna ce groupe d’une humanité bouleversante. Perle de Rosée a tenu à s’agenouiller sur le rond de porphyre sur lequel Charlemagne s’agenouilla avant elle pour son couronnement en 800. Elle s’est étonnée de constater que tous les tableaux sont en fait des mosaïques. Nous avons aussi été attentives à distinguer la partie due à Michel-Ange, en croix grecque, et l’adjonction du Bernin. Il faut reconnaître que c’est réussi. Si on ne nous l’avait pas dit, on n’aurait rien vu. Selon notre coutume, nous nous sommes agacées devant l’énorme baldaquin baroque au dessus du maître autel, pour la réalisation duquel Urbain VIII fit arracher les plaques de bronze du Panthéon. Nous avons admiré tant de choses que je ne peux pas tout écrire ici. Nous avons dû sortir avant de terminer notre visite parce qu’une messe interdisait l’accès à une partie de l’église et parce que l’heure de la visite des musées approchait et que c’est pas tout près. Nous avons résolu de revenir plus tard dans l’après-midi. Mais en sortant sur le parvis, quand nous avons constaté que la queue faisait presque le tour de la place, cette ambition nous a paru irréaliste. C’était encore pire, le long de la muraille, pour accéder à l’entrée des musées du Vatican. Armées de notre réservation nous avons remonté des centaines de personnes et nous sommes rentrées directement, sans oser affronter les regards haineux de ceux qui resteraient encore dehors quelques heures. Le complexe des musées du Vatican, installé dans les anciens palais des papes, est immense. Il renferme au moins une douzaine de musées différents et un très grand nombre de chefs d’œuvre. Nous avons été obligées de sélectionner, sous peine de lassitude. Nous avons visité la Pinacothèque, dont une partie hélas était fermée. Nous avons marché dans la Galerie des Cartes. Nous avons admiré le Groupe de Laocoon, devant le musée Pio Clementino sans regarder aucune autre antiquité. Nous nous sommes longuement attardées dans chacune des chambres de Raphaël, détaillant toutes les fresques, du baptême de Constantin à l’incendie du Borgo. Le talent de Raphaël y éclate, dans la composition, dans le dessin, dans la couleur. Hommage ou malice, nombre de ses contemporains ont pu se reconnaître. Comme dans la galerie des Carrache, comme dans la Chapelle Sixtine un peu plus loin, de la profusion de beauté naît le bonheur. Tout de suite après les chambres de Raphaël, sans transition, sans un verre de champagne pour nous remettre, nous sommes entrées dans la chapelle Sixtine, avec 20 000 autres personnes et des gardes qui n’arrêtaient pas de dire « chhhhhuuuuuuuuut ! ». Mais peu importe. Nous étions éblouies et passionnées. La Chapelle Sixtine est une œuvre collective, de par les papes qui l’ont ordonnée et de par les artistes qui l’ont réalisée. Mais la vedette, c’est Michel-Ange qui a peint la voûte dont tout le monde connaît au moins une image et qui raconte la création du monde jusqu’au déluge et à l’ivresse de Noé et qui est revenu 20 ans plus tard pour peindre sur tout un mur l’effrayant jugement dernier qui est derrière l’autel. Sur les parois latérales, de petits barbouilleurs sont venus compléter la décoration. Ils ont pour noms Le Pérugin, Botticelli, Cosimo Rosselli, Luca Signorelli, Ghirlandaio … Ils ont peint des scènes des vies de Moïse et du Christ que nous avons parfois du mal à reconnaître, surtout du côté de l’ancien testament (« La punition de Dahan ? Coré ? Abiron ? » ). Côté papes, les maîtres d’ouvrage de ce miracle s’appelaient Sixte IV, Jules II, Clément VII et Paul III. Ils méritent la béatification pour ça. C’est quand même un peu plus important que de guérir une nonette atteinte de délire hypocondriaque. C’est non seulement important mais magnifique. Avec Perle de Rosée nous avons décidé d’acheter une monographie sur la chapelle Sixtine pour pouvoir en étudier les détails tout à notre aise et revenir ensuite en profiter plus à fond. Après ces émotions nous étions fourbues et nous avons fait une pause dans les jardins. Perle de Rosée a ingurgité quelques Oreo. Contrairement à ce que je craignais, les prix de la cafétéria du Vatican sont très raisonnables. Ensuite demi-tour et retour à St Pierre. Il était environ 16h, il n’y avait plus de queue nulle part, je le dis pour ceux qui voudraient en profiter. Plus de queue mais encore une partie de la basilique interdite pour d’obscures raisons. Grrr… Pas grave, nous avions tant à regarder encore… et puis finalement, nous avons déclaré forfait. En sortant, j’ai demandé à deux gardes Suisses si Perle de Rosée pouvait nous prendre en photos tous les trois. Ils voulaient bien être pris en photo mais sans moi. Ensuite nous avons commis une nouvelle erreur. Nous avons posté nos cartes postales dans une boîte aux lettres du Vatican alors qu’elles avaient des timbres de la poste italienne. Or, le Vatican est un était libre et indépendant ( !!!) qui a sa propre poste. Rassurez-vous, les cartes postales ont fini par arriver quand même et si vous n’en avez pas eu, c’est parce qu’on ne vous en a pas envoyé, inutile de vous en prendre à Benoit. Nous nous sommes ensuite rafraichies d’une glace place Navone (la glace à la noisette était excellente) et nous avons aussi acheté des déguisements de centurions romains pour Chapi et Chapo, les petits frères de Perle de Rosée. Heureusement que la valise était grande parce que deux casques + glaives + armures + boucliers, même en plastique et taille 4 ans, c’est encombrant ! Un peu plus tard, nous avons commencé notre périple nocturne. Nous visions une hostaria près de la place d’Espagne qui servait un très on tiramisu selon le guide du Routard. Mais nous n’y sommes pas allées directement. Nous nous sommes recueillies devant le mausolée d’Auguste, qui sera sans doute bientôt restauré mais qui pour le moment ressemble à un tas de briques entouré de grillage. Heureusement, les ifs qui l’entourent lui sauvent un peu la mise. Nous avons ensuite marché jusqu’à la place del Popolo, très animée, décorée de belles fontaines, d’un obélisque (mais où… ?) et où le début du Corso est encadré par deux églises jumelles. Le petit restaurant a répondu eux attentes de Perle de Rosée qui tenait absolument à déguster un tiramisu avant notre départ. Pour ma part, j’ai tenté un dessert inconnu, deux mots captés dans l’énumération volubile du serveur : « Zuppa inglese ». C’était courageux, mais pas terrible et pas très joli non plus. C’était notre dernière soirée et notre gorge s’est serrée en repassant sur la Place d’Espagne. | | Sur les rives du Tibre. Le pont et le château St Ange Perle de Rosée devant la basilique St Pierre. Et moi sur la place St Pierre. Un garde suisse qui ne rigole pas. THE pietà Perle de Rosée, lors de son couronnement en l'an 800. Un gracieux ange musicien, à la pinacothèque. Détail d'une fresque de Raphaël. Ici Raphaë s'est représenté avec un bonnet noir. Le mausolée d'Auguste. Piazza del Popolo. Les églises jumelles. |