Le Cabinet des Antiques de Balzac

Publié le par Rhoda

Jean-Auguste-Dominique INGRES - Louis-François Bertin - 1832

Jean-Auguste-Dominique INGRES -
Louis-François Bertin - 1832 - Musée du Louvre

 

 Ah non, mais là il m'énerve, il m'énerve !

 

Ce court roman de Balzac s'inscrit dans la suite du précédent : La Vieille Fille. La lutte entre la bourgeoisie libérale montante et la vieille noblesse s'y poursuit. Du Bousquier a étrangement changé de nom pour du Croisier mais c'est bien le même homme dont il s'agit.

 

Nous sommes donc toujours à Alençon, où la noble famille d'Esgrignon vit en vase clos sans tenir compte de l'évolution de la société, méprisant la bourgeoisie qui lui offre pourtant des fortunes contre mariage et accès à ses salons. Même le dévouement sans borne du vieux notaire de la famille est estimé à l'aune de celui d'un brave chien.

 

Ces vieux bigorneaux que Balzac essaie en vain de nous faire admirer placent tous leurs espoirs dans leur rejeton chéri: Victurnien. Ils oublient juste de lui donner un brin d'éducation, persuadés que son sang y pourvoit. C'est donc muni de son seul visage d'ange et de quelques milliers de francs de Chesnel que Victurnien part à Paris pour faire bonne figure à la cour des Bourbon.

 

Victurnien est mignon mais c'est un être nul. Il mène grande vie, se perd dans la fréquentations de jeunes hommes à la mode bien plus malins que lui et dans celle des jolies femmes du faubourg St Germain. Il a une aventure avec la Duchesse de Maufrigneuse (l'apparence d'un ange et le cerveau d'un banquier). Il fait des dettes. Il doit des sommes folles à du Croisier qui n'attend que de le voir tomber dans le déshonneur. Il surpasse ses attentes et fait un faux qui devrait le conduire au bagne.

 

Seulement voilà. Sous la restauration, on cache les crimes des nobles sous le tapis, ça pourrait laisser penser que le retour de l'ordre monarchique ne va pas de soi. Alors tout le monde intervient pour que Victurnien s'en sorte et que son père meure dans son imbécile ignorance.

 

Et Balzac voudrait qu'on s'en félicite ! Presque malgré lui, et malgré le respect qu'il professe pour les valeurs ancestrales d'honneur et et de dignité soit disant incarnées dans la noblesse, son talent le trahit et nous montre toute la vérité de cette époque, le pourrissement du régime, la force et la vigueur de la classe bourgeoise.

 

Il faut encore souligner le dispositif narratif : c'est l'écrivain omniscient qui narre mais au début et à la fin du roman, il fait intervenir directement un témoin, Emile Blondet, originaire de la même ville que les d'Esgrignon, enfant en même temps que Victurnien et qui assiste à sa météorique aventure parisienne.

 

Diane de Maufrigneuse, qui deviendra plus tard Princesse de Cadignan est l'une de ces fascinantes reines de Paris qui apparaît à de nombreuses reprises dans la Comédie Humaine.  Elle est redoutable ! Elle participe au sauvetage de Victurnien. Une fois sauvé, elle lui exprime tout son mépris.

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Publié dans Livres

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