Roman : La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq
J’ai lu La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq et ce sera ma seule participation à la rentrée littéraire cette année. J’étais très intriguée par tout le bien qu’on en disait. Que Houellebecq fût porté aux nues de nos tristes cieux littéraires après avoir fait figure d’écrivain maudit les saisons précédentes, voilà bien les excès de nos média. Mais ce n’est pas la faute de l’écrivain. Il n’est responsable que de son livre. Même son personnage médiatique est une construction à plusieurs.
Les quelques 400 pages du roman s’avalent facilement, d’un trait. Le style, la narration, sont fluides et agréables. On s’amuse de voir mettre en scène des people. On s’amuse surtout de voir l’auteur s’assassiner lui-même d’une façon très esthétique. On a de l’affection pour le héros, Jed Martin, un artiste qui prend son travail au sérieux mais sans grandiloquence. Le succès, l’amour lui tombent dessus sans qu’il les cherche et il n’en tient pas vraiment compte. Sa relation avec son père, un architecte dévoyé fournit les plus belles pages du roman. Le dernier tiers en revanche, où Houellebecq tente de nous offrir un polar est moins réussie. D’abord, je déteste les chiens. Et cette idée de faire vomir des gendarmes qui découvrent un corps même découpé, même Houellebecquien manque de vraisemblance. Tout comme le dénouement manque de consistance.
Ce qui fait le charme du livre, c’est le ton, presque larmoyant mais toujours sauvé par l’ironie, le sarcasme ou la tendresse. Comme son héros qui photographie des objets industriels, le romancier nous gratifie à tout propos de paragraphes de définitions ou d’explications, sur un mouvement architectural, une race de chiens, la biographie de Jean-Pierre Pernaut, témoignage faussement neutre du monde tel qu’il est, tel qu’il disparaît. Le pessimisme reste de mise.