Théâtre : Oh les beaux jours de Samuel Beckett

Publié le par Rhoda

p92408_2-300x199-1-.jpgJe lui dois ma plus grande déception au théâtre. C'était à l'Odéon. Ma chère Isabelle Huppert jouait Orlando, une adaptation du roman de ma chère Virginia Woolf. Elle s'allondeait sur un banc et déclamait sur un ton aussi anti-naturel que possible. J'ai trouvé ça insupportable. Je crois que c'est la seule pièce où je suis sortie avant la fin. C'était une mise en scène de Robert Wilson. Je me rappelle avoir lu ensuite des critiques qui criaient au génie. Je les avais accusés de snobisme.

 

Depuis hier au soir, je peux le prochamer fièrement : après 20 ans de vie parisienne, j'ai atteint le degré de snobisme requis. Je tiens cependant à vous rassurer : cette maladie n'a frappé ni l'Homme ni Loukoum qui ont fui à l'entracte. Clignotant Borgne et Cheval Cabré sont restés. Mais ne les suspectons pas de snobisme. Cheval Cabré prend toujours un infini plaisir à exercer son esprit sur des interprétations ardues tandis que Clignotant Borgne avait enfin l'impression de rencontrer les extra-terrestres auxquels il parle si souvent.

 

La scénographie est minimale. Bien obligé puisque Winnie a le bas du corps enterré et qu'elle ne peut ni ne tente de se dégager ("quelle malédiction la mobilité"). Elle "tire sa journée" comme nous le faisons tous, déployant un long ruban de paroles. Elle est grotesque, dérisoire, omnisciente, touchante, comme nous le sommes tous. Elle s'enfonce vers la mort comme nous nous....

 

Adriana Asti  joue ce rôle difficile. Son accent italien est si prononcé qu'on a parfois du mal à la comprendre. Alors on se concentre très fort et c'est grâce à ça qu'on ne lâche pas le texte d'une syllabe. Et on tient le coup, à travers ce monologue de plus d'une heure entrecoupé de lambeaux de poèmes et de "C'est le vieux style". A la fin, on est vaguement fier d'avoir été à la hauteur de Beckett.

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Publié dans Théâtre

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B
<br /> Traumatisé une fois par en attendant Godot, on ne m'y prendra plus ...<br /> <br /> <br />
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