Dans l'intimité des frères Caillebotte, Peintre et photographe au Musée Jacquemart André
Je sais que cette déclaration va décevoir mes amis de gauche mais je l’avoue publiquement : je me suis laissée circonvenir par une banque privée. L’Homme avait reçu une invitation pour deux au musée Jacquemart André, en dehors des heures d’ouverture au public, pour une visite de l’exposition Caillebotte suivie d’un cocktail, DANS LES SALONS DU MUSEE !
Je l’ai souvent écrit : je suis fan du musée Jacquemart-André, fan de sa collection italienne, fan de son grand salon prolongé par une terrasse sur le boulevard Haussmann, fan des expositions qui y sont montrées, même si je râle souvent contre l’exigüité des salles. Je suis fan du brunch du salon de thé aussi mais je n’ai rien contre les cocktails dînatoires.
En revanche, je suis moins fan des banques. La citation de Bertold Brecht qui suit résume à peu près ma pensée à leur sujet :
« Qui est le plus grand criminel :
Celui qui vole une banque
Ou celui qui en fonde une ? »
Pour la moderniser, on peut ajouter :
Ou ceux qui la dirigent.
Pour se faire pardonner, les banques donnent dans le mécénat social ou culturel. Elles n’oublient pas de le mettre en valeur auprès de leurs clients, d’où cette invitation pour laquelle mon hédonisme a rapidement pris le dessus sur mes principes moraux. Et puis on ne me promet jamais inopinément du champagne (cette dernière remarque vise l’un de mes lecteurs qui se reconnaîtra).
L’exposition, tout d’abord.
Le seul tableau que je connaissais de Gustave Caillebotte est au Musée d’Orsay, c’est une œuvre très réaliste qui s’appelle et représente des Raboteurs de parquet. Les tableaux de l’exposition venaient quant à eux de collections particulières et en particulier des descendants de la famille Caillebotte. Ils sont rapprochés de photos prises par son frère. Ces dernières ne sont que l’aimable passe-temps d’un riche oisif, leur valeur réside dans le témoignage qu’elles nous apportent sur la vie d’une famille bourgeoise au XIXème siècle, sur la ville aussi. Paris se transforme à cette époque, sous l’impulsion du second empire. C’est ce dont témoignent aussi les peintures de Gustave. Il nous montre les larges boulevards dégagés par le baron Haussmann parcourus par des gens sombrement vêtus, tous semblables, sans expression. Ils ont l’air bien seuls. Et visiblement, ça ne s’arrange pas quand ils rentrent chez eux. Les intérieurs bourgeois sont froids et compassés, personne ne se parle.
J’ai beaucoup aimé le tableau que je vous montre ci-contre : Intérieur – 1880 – Collection particulière. La guide nous a dit que cette peinture lui évoquait Emma Bovary, guettant Rodolphe à sa fenêtre. Je ne suis pas tout à fait d’accord, 20 ans d’écart, ça se voit sur la mode, et l’atmosphère de la peinture est très urbaine. Mais c’est sûrement une Emma, la distance entre elle et son mari couvre plusieurs continents, Emma ne se retournera jamais pour lui parler.
Gustave Caillebotte a beaucoup encouragé ses amis impressionnistes, il les a aidés de son crédit et de son argent. Il a collectionné leurs œuvres et c’est grâce à son legs qu’ils sont entrés dans les musées nationaux.
Gustave Caillebotte et son frère étaient riches, héritiers d’un marchand de draps qui fournissait l’armée française et à l’époque, on en usait ! Il était doué pour un tas de choses, la peinture, l’horticulture, la construction de bateaux.
Bon, je l’avoue, c’est pas Manet non plus. (D’ailleurs, il y a une exposition Manet à Orsay en ce moment). Mais c’est un aimable talent. Dommage qu’il n’ait pas eu le courage de descendre plus souvent de son balcon.
Comble d’amabilité, le musée avait laissé ouvertes les salles de la collection italienne. Personne n’y allait. J’y ai entrainé l’Homme que j’ai pris sauvagement sur une console du XVIème siècle en face de l'Ambassade d'Hippolyté, reine des amazones. La reine des amazones, c’était moi.
Ensuite le cocktail, ou plus exactement, le divin plaisir de savourer une coupe de champagne, puis une autre, au premier étage de l’hôtel particulier et de s’imaginer invité à l’une des soirées raffinée de Nélie et d’Edouard, une aigrette dans les cheveux.
Ajoutons que les petits fours étaient délicieux et qu’il y avait même des gens sympathiques.
Alors ? Qu'est-ce qui vous a le plus choqué ?