Exposition Vaudou à la Fondation Cartier
Comment en suis-je venue à aller voir une exposition sur le vaudou? C'est l'un des sujets qui m'intéressent le moins au monde avec les sociétés d'investissement à capital variable et les maladies systémiques. Cette indifférence vient de mon ignorance, je l'admets, mais c'est comme ça.
Comment en suis-je donc venue à visiter l'exposition Vaudou que la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain consacre à la collection d’objets vaudou africains de Anne et Jacques Kerchache ?
Si vous avez l’occasion de fréquenter des adolescents, vous allez comprendre. C’était pendant les vacances de Pâques toulousaines. Luke était à la maison. Perle de Rosée aussi, qui n’avait pas cours ce mardi après-midi. Il n’y a rien de plus débilitant que de se retrouver plusieurs heures avec deux adolescents désœuvrés. Ils sont bruyants, encombrants et en plus on culpabilise de ne pas leur offrir de quoi occuper un peu mieux leur temps que leurs sempiternels écrans.
Mais qu’est-ce qui peut intéresser suffisamment pour qu’il accepte de se bouger les fesses un tant soit peu ?
J’ai cru avoir trouvé. Je leur ai proposé (enjoint serait plus exact) une visite des catacombes. Cela devait satisfaire leur appétit de gore.
Une fois arrivés à denfert, autant dire à l’autre bout de Paris, nous avons constaté que la file d’attente faisait le tour du petit terre-plein qui accueille l’entrée des catacombes. J’ai dû me rendre à l’évidence : l’attente était beaucoup trop longue. Ils voulaient rentrer. Je voulais que tout ce trajet ne soit pas vain. La seule idée qui me soit venue dans ce quartier, c’était la Fondation… cartier (hihihi). Nous y sommes allés, moi d’un bon pas, eux trainant leurs guêtres, sans connaître la programmation de l’endroit.
C’était une exposition sur le vaudou africain, réunissant à la fois des statues rituelles et des films de voyage et d’entretien du célèbre collectionneur qui influença Jacques Chirac pour la fondation du musée du quai Branly. Un avertissement prévenait les âmes sensibles : les films contenaient des images de sacrifice difficiles à supporter. Chouette ! Voilà ce qu’il fallait pour Luke et Perle de rosée ! Tu parles ! Comment l’égorgement d’une pauvre petite chèvre aurait-il pu impressionner quiconque a un peu vécu à la campagne ?
Quant aux sculptures, elles étaient coupées de leur contexte par une scénographie moderne et esthétisante. Elles semblaient avoir pourtant bien des choses à dire. Chacune avait été fabriquée dans un but précis, malédiction, guérison, vœu, culte … De multiples objets profondément fichés dans leurs corps criaient des sentiments profonds.
Luke et Perle de rosée se sont poliment intéressés un moment. Ils ont décidé de fabriquer leur propre statue vaudou à l’aide du lexique fourni par le musée. Et puis ça s’est arrêté là. J’ai un peu perdu la face ce jour-là.