Film : Des hommes et des dieux
Le film de Xavier Beauvois fait forte impression ce mois-ci. Tout le monde en parle, en bien. Il prend le contre-pied de nos préoccupations. Tout d'abord, il nous installe dans un rythme qui n'est pas le nôtre, un rythme d'une lenteur réfléchie. Les moines du monastère de Tibhirine ont quitté notre monde. Ils vivent dans un temps qui alterne la prière, l'étude, les travaux manuels. Leurs journées sont immuables. Le rythme du film respecte le leur, il nous apprend à respirer au lieu de haleter sans cesse.
Pourtant, les moines ne vivent pas en reclus. Ils entretiennent d'excellents rapports avec le village algérien voisin. Ce village est tout aussi isolé qu'eux du monde moderne. Ils soignent les villageois, prennent part aux fêtes, travaillent avec eux, les conseillent dans leurs démarches, réfléchissent et débattent avec eux mais jamais, jamais ils n'essaient de les convertir.
Ces hommes vivent leur foi au sein de leur communeauté et dans les gestes quotidiens et pratiques qu'ils accomplissent. Leur amour des hommes exprime leur amour de dieu, mieux que leurs prières, pourtant montrées à plusieurs reprises et qui m'ont paru manquer un peu d'âme. Mais je projette peut-être mon propre scepticisme.
Xavier Beauvois ne propose pas de dénouement. Ce n'est pas le propos. Il nous montre le danger qui se fait de plus en plus pressant autour du monastère. Les terroristes et les soldats sont tout aussi menaçants. Le danger resserre la communeauté. Personne ne fuira. Celui qui semblait le plus fragile se trouve au pied du mur doté d'un sourire lumineux. Comme Blanche de la Force.
Le père Christian est parfaitement joué par Lambert Wilson. C'est un intellectuel, versé dans l'étude du Coran. Sa haute silhouette un peu voutée et ses lunettes démodées campent un personnage ascétique et intransigeant. Frère Luc est plus humain. Il s'épuise à soigner tous ceux qui en ont besoin. Il sait parler avec douceur et malice aux gens du village comme à ses frères. C'est Michael Lonsdale, qui ne nous lasse jamais, que je pourrais écouter lire le botin avec plaisir.
C'est un des films de l'année. Il vous faut y aller. A choisir entre le grand prix et la palme d'or, je choisis le grand prix.