Ithaque de Botho Strauss aux Amandiers

Publié le par Rhoda

 

 

IthaqueQuand Dalila m’a invitée à aller voir Ithaque au théâtre des Amandiers, j’avoue, j’ai hésité. J’hésite toujours à aller aux Amandiers, malgré leur programmation souvent intéressante. Il faut prendre le RER A jusqu’à Nanterre Préfecture (souvenirs…), attendre la navette. A l’aller encore… mais au retour, c’est pénible. C’est peut-être pour cette raison que leur grande salle de 900 places est rarement pleine (c’est ce que j’ai entendu dire à Stanislas Nordey qui y fut artiste associé dans les années 90). Mais je me suis vite reprise. D’abord, il n’est pas si terrible de franchir le périphérique. Des tas de gens le font chaque jour. Et surtout, ça me faisait plaisir de passer une soirée avec une amie que je n’avais pas vue depuis l’année dernière. En plus, Samson et l’Homme voulaient passer une soirée entre hommes alors nous avons fait théâtre pour les filles, restau pour les garçons. Ajoutons que le petit bar / restaurant du théâtre est très agréable et que nous avons eu beaucoup moins mal à la tête que nos maris le lendemain. Comme quoi, le théâtre, même indigeste, fait moins mal à la tête que le vin.

 

En effet, si la soirée fut délicieuse, la pièce ne nous a pas ravies. D’abord, le texte. Botho Strauss a réécrit le retour d’Ulysse à Ithaque sans changer grand-chose. Tous les passages obligés sont là : l’intervention d’Athéna, la reconnaissance de Télémaque, du porcher, de la nourrice, la mort des courtisans. Il ouvre plusieurs pistes intéressantes, mais il n’en place qucune au centre de sa réflexion, il les affleure et les laisse passer : les retrouvailles impossibles du couple, la répugnance d’Ulysse à tuer encore et l’insistance inconséquente d’Athéna, la révolte du peuple contre un roi absent 20 ans dont le retour fauche la fleur de la noblesse, la déception du fils qui s’apprêtait à revendiquer le pouvoir. Du coup, on repart pas plus avancé qu’avant sur ce grand mythe de l’humanité.

 

Et la mise en scène de Jean-Louis Martinelli n’arrange rien. Elle est lente … plus de 3 heures… Et je déteste cette utilisation des micros et des réverbérations, et ces apparitions faussement inspirées du chœur des Erinyes. Les courtisans ne sont pas très bons non plus. Quant à Ulysse, je veux bien que la pièce en fasse une marionnette dans les mains des dieux, mais il est carrément plat ! Il fait apparaître de multiples personnalités, mais elles sont toutes atones ! Je sais bien qu’Ulysse n’est pas un héro étincelant. C’est un esprit rusé et opportuniste. Il adapte son discours, il ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Mais dans cette pièce il ne veut rien. Il joue des rôles qui sont tous mous. La faute à la mise en scène, au texte, à Charles Berling ou à une mauvaise conjonction des trois ?

 

Mais quand même. La pièce est sauvée par Ronit Elkabetz qui joue Pénélope. Reconnaissons quand même à Strauss le mérité d’avoir amplifié le rôle de Pénélope dans cette histoire. Et à Martinelli celui de l’avoir rendue omniprésente, surplombant toute l’action sur son immense lit en haut des marches. Elle est superbe, Ronit Elkabetz, une princesse méditerranéenne brune et pâle, un port hautain, une voix sonore et grave. Elle sait jouer en même temps l’héroïsme et l’humour, la noblesse et la trivialité. On aimerait la voir en Phèdre.

 

C’est pour elle que Dalila m’a entrainée à Nanterre et elle avait bien raison.

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Publié dans Théâtre

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