Le roman de nos vacances au Portugal - Episode I
Nous arrivâmes à Lisbonne le 21 août, l’Homme, Perle de Rosée et moi. Nous rejoignîmes rapidement Brin d’Acier, Pimprenelle, la Comtesse et l’Aviateur dans le somptueux château de style néo-manuélin que nous avions loué pour une bouchée de morue. Nous croyions avoir devant nous une semaine de vacances, de repos, d’amitié. Rien ne devait se passer comme prévu. Décidément, le Portugal, c’est beaucoup plus dangereux que l’Italie. Ou peut-être l’absence de notre dieu lare protecteur, Clignotant Borgne, allait-elle se faire cruellement sentir. Dès le premier soir, les choses tournèrent au vinaigre (vinaigre de Porto …hihihi…).
Pimprenelle et Brin d’Acier étaient confortablement installés devant une énorme cheminée dans laquelle ronflait un grand feu. Les soirées sont fraîches à Ericeira. Ils nous présentèrent les domestiques, Tonio et Viergea do Fatima, qui devaient veiller sur notre bien-être.
- Formidable, m’exclamé-je ! je ne me souviens pas que les domestiques fussent inclus dans la location ! (je m’exclame souvent au subjonctif imparfait, par snobisme). C’est pour ça qu’il n’y a pas de lave-vaisselle !
- Ils ne l’étaient pas, rétorqua Brin d’Acier. C’est une promo du site de location pour les nouveaux clients. Au Portugal des domestiques, en Italie une Bimbo, en Allemagne une pinte de bière. Et en plus ils nous organisent une dégustation de porto ce soir.
- Mon préféré c’est le tawny, renchérit avec conviction Pimprenelle, qui était déjà tombée dans le vice que même notre retour et son sens très développé de ses responsabilités maternelles ne lui feraient pas oublier.
Va pour la dégustation. Laissant nos rejetons aux piailleries de leurs retrouvailles et aux comparaisons de leurs consoles de jeu, nous descendîmes à la cave où les bouteilles étaient alignées dans un ordre parfait.
Pimprenelle but rapidement 3 verres, l’Homme et Brin d’Acier dégustèrent lentement en faisant des petits bruits avec la langue et je déclinai poliment, arguant du fait que j’étais au régime et qui dit régime, dit pas d’alcool. Tonio se fit alors menaçant, je craignis d’avoir insulté son orgueil national.
- Vous feriez mieux de boire sinon ça sera pire.
- Ne le prenez pas mal, je vous assure que je n’ai rien contre votre porto mais si je fais un écart, je ne sais pas où ça peut m’entraîner.
Voile noir. Perte de conscience. Je ne le savais pas mais Viergea do fatima venait de m’assommer avec la poêle à croquetas tandis que mes compagnons s’écroulaient sous l’effet d’un « puissant narcotique » versé dans le porto.
Le réveil fut douloureux. Mal de crâne pour moi et Pimprenelle. Nous étions dans un endroit sombre et humide à l’odeur fétide. Mes mains cherchèrent à tâtons la chaleur rassurante du corps de l’Homme, qui s’était réveillé bien avant moi et qui essaya de me rassurer.
- Ne t’inquiète pas ma Chérie. Je suis là. Je te protège.
Pleinement rassurée par cette attitude virile, je laissai échapper quelques sanglots de faiblesse féminine, histoire de renforcer sa détermination.
Nous n’eûmes pas longtemps à attendre. Au bout de quelques minutes, un homme armé d’une lance nous vint quérir. J’hésitai entre la perspective d’un bal masqué et celle d’un tribunal de l’inquisition. L’Homme me dit que je lisais trop et que le coup sur la tête n’avait rien arrangé.
Nous entrâmes dans une vaste salle de pierre, éclairée par des touches. Un drôle de personnage à moustache, en collants, vêtu de sombre et coiffé d’un large bonnet nous accueillit. Un bal masqué, c’était ça, mais quelle mise en scène !
- Je suis Henri le Navigateur, infant du Portugal, fils de Joao Ier. Bienvenue au Palacio Nacional de Cintra.