Le roman de nos vacances au Portugal - Episode II
Pimprenelle se ressaisit la première.
- Enchantée de faire votre connaissance. Je suis Pimprenelle. Toutefois, je tiens à vous signaler que vous êtes mort depuis le XVème siècle et que nous avons vu votre tombeau au monastère de Batalha.
- Je suis mort mais je suis revenu. Je dois accomplir mon destin et vous allez m’y aider. Je vous ai choisi parce que vous êtes les esprits les plus brillants que porte cette terre en ce moment. Je ne vous veux pas de mal mais je vous retiendrai ici jusqu’à l’Accomplissement. Vous serez gardés par mes fidèles serviteurs qui n’hésiteront pas à brûler en bûcher quiconque tentera de s’échapper.
Très flattée par cette déclaration mais vaguement inquiets, nous nous entre-regardâmes avec incrédulité. L’Homme tenta une intervention énergique :
- ça suffit ces conneries. Ramenez-nous à la maison où nos enfants nous attendent. On veut bien passer l’éponge mais faut pas en rajouter dans le gothique. Votre histoire est grotesque, ça ne prend pas. Nous allons prévenir la police.
Il tenta de dégainer son iphone mais bien entendu, sa poche était vide. Cela le déstabilisa plus que tout le début de cette aventure. Cherchant avec effarement, ses doigts rencontrèrent un cure-dents oublié là qu’il porta à sa bouche dans un geste aussi affirmatif qu’il le put. Mais le cœur n’y était plus. Il fallait aller au bout du cauchemar. Dans la plus pure tradition des séries policières dont je n’arrive pas à me sevrer, je demandai :
- Qu’attendez-vous de nous, à la fin ?
- Oh presque rien. Au cours de ma vie, j’ai inventé la caravelle qui m’a permis de mener à bien la conquête d’espaces inconnus. D’autres sont venus depuis. Le train, l’avion, la fusée.
- et vous oubliez le scooter, libérateur de l’homme moderne, glissa Brin d'Acier dont le flegme me stupéfia.
- Il me faut franchir un nouveau pas. L’espace m’attend, les galaxies, les planètes lointaines. Je veux que vous mettiez au point la téléportation sidérale. J’ai tout mon temps, je suis immortel, mais peut-être pas vous. Alors cherchez, trouvez ! Je mettrai à votre disposition tout ce dont vous aurez besoin.
- Téléportation sidérale me paraît un terme légèrement impropre pour ce que vous ambitionnez. Voyez-vous, sidéral signifie relatif aux astres. Il vaudrait mieux parler de téléportation spatiale et englober ainsi tout ce qui est en dehors de l’atmosphère terrestre, si vous en êtes d’accord.
- Ma femme a la marotte de réfléchir sur les mots, ne faites pas attention.
- Je ne suis pas d’accord, rien n’est plus important que les mots. Ce sont les mots qui créent le monde.
- Ouais, ben téléportation sidérale ou spatiale, c’est du pareil au même, c’est impossible. Ecoutez mon vieux, moi aussi je suis fan de SG1 mais faut pas croire tout ce qu’on voit à la télé. C’est de la science fiction ! Même si vous aviez enlevé des ingénieurs de la NASA ils ne pourraient pas vous aider. Et nous sommes loin d’être aussi qualifiés !
Henri s’était renfrogné pendant ce dialogue. Il nous congédia en nous demandant de réfléchir et nous fûmes reconduits dans notre cachot.
Que se passait-il à la maison pendant ce temps ? Nos espoirs reposaient sur nos enfants. Alertés par notre absence prolongée, ils nous chercher, prévenir la police. En fait, nos rejetons ne s’aperçurent de notre absence que tardivement. Ils avaient passé quasiment toute la nuit à comparer les mérites respectifs de la DS lite et de la PS3. Ils avaient dormi tard et c’est seulement à l’heure du déjeuner du lendemain que leurs estomacs affamés leur firent comprendre que quelque chose clochait : la maison était vide d’adultes et personne ne préparait le repas.
- Ah ça c’est bien eux ! récrimina d’emblée Perle de Rosée. Ils ne supportent pas qu’on fasse la grasse matinée, alors ils sont partis en ballade sans nous pour nous punir.
- C’est bizarre quand même, observa la Comtesse. Ils n’ont même pas laissé de mot.
- Je ne crois pas que Papounet aurait fait ça. Il ne m’abandonnerait pas, geignit l’Aviateur.
- On s’en fout, on va se débrouiller et ils seront bien attrapés. Je sais faire cuire des pâtes et des œufs durs. Avec ça, on peut survivre un moment.
La journée se passa donc en franche rigolade, jeux et piaillements dans la piscine. Mais le soir venu, l’inquiétude ressurgit. Ils fouillèrent la maison de fond en comble. Personne. Perle de Rosée dégaina alors son téléphone, un vulgaire player one et elle appela Leia.
- Perle de Rosée ? Mais tu es folle ! tu sais combien ça nous coûte de nous parler entre le Portugal et San Francisco ! Je te rappelle que nos radins de parents ne nous paient toujours que des forfaits bloqués riquiqui !
- Ecoute, c’est grave. Ton père et ma mère, Brin d’Acier et Pimprenelle ont disparu depuis notre arrivée à Ericeira. Ça fait 24 heures maintenant. Ils n’ont pas défait leurs bagages et leurs lits sont intacts. On a trouvé de l’alcool et une poêle cabossée à la cave. On est vraiment inquiets là.
- ça craint ! Bougez pas. J’achète une boite de poudre à pan cakes pour les provisions et je saute avec Luke dans le prochain avion pour Lisbonne. On devrait être là dans 24 heures. En attendant, essayez de contacter la police.
- T’es folle ! t’as jamais entendu parler de la PIDE ? On va se faire torturer et disparaître nous aussi !
- T’es sûre ? je croyais que le Portugal était une démocratie depuis la révolution des œillets ? ça remonte à un bail ce truc-là non ?
- Je préfère qu’on se fie à nos propres forces. On va reconstituer le club des 5. Je t’envoie l’adresse et en vous attendant, nous allons mener nos propres investigations.
- Roger. A demain.
- Bon vol.