Lulu de Wedekind au Théâtre de la Colline

Publié le par Rhoda

Lulu

 

C'était la semaine dernière mais j'ai été très flemmarde cette semaine. Je n'ai pas écrit. Il y a deux attitudes en fait : soit écrire à chaud, tout de suite après le spectacle, quand j'ai les yeux et les oreilles encore pleins d’images, soit plus tard, à froid, quand elles ont été passées au crible du souvenir, quand la réflexion se dégage de l’émotion. Je dois vous l’avouer, quoi que j’en dise, c’est la flemme et des milliers d’occupations pré-Noël et pré-anniversaire de Perle de Rosée qui ont repoussé cette rédaction.

 

J’avais organisé cette soirée sur la seule foi de la confiance que je porte au metteur en scène Stéphane Braunschweig, à qui son grand talent vaut aussi d’être le directeur du théâtre de la Colline, une des salles les plus intéressantes de Paris. J’avais donc convié l’Homme, Cheval Cabré, Loukoum, Brin d’Acier et Pimprenelle. Je ne me suis aperçue que le jour même (et c’est vrai, je le jure) que la pièce durait 4 heures et que cela risquait donc d’être une épreuve physique. Mais l’Homme avait anticipé. Il s’était mitonné pour ce jour-là un petit déplacement dont il a le secret, sur l’un des sites ensoleillés de son client préféré, Limoges en l’occurrence. Le saviez-vous ? Il faut plus de 3 heures pour rentrer de Limoges. L’Homme ne pouvait pas venir au théâtre ce soir-là. Ben tiens.  Heureusement, Zénobie s’est déclarée volontaire avec enthousiasme et la place n’a pas été perdue, comme ce fut si souvent le cas.

 

Venons-en à l’essentiel. Lulu est la pièce de Wedekind dont Pabst tira Loulou, le film avec Louise Brooks. Lulu est à la fois femme fatale, femme enfant et victime. Dressée dès son enfance par un père ( ?) maquereau pour offrir du plaisir aux hommes et en tirer de l’argent, ses dons et le fait qu’elle en tire du plaisir lui permettent une ascension fulgurante. Elle rend tous les hommes (et même une femme) fous de désirs, prêts à toutes les déchéances, à toutes les violences pour la posséder. Un tel déchainement provoque leurs morts bien souvent. Lulu est un poison violent.  Elle est aussi une prisonnière. Elle ne peut se dégager de ses bourreaux, jusqu’à sa perte, jusqu’à sa rencontre avec une sorte de Jack the Riper dans les bas fonds de Londres.

 

C’est une pièce forte et Braunschweig a su nous offrir une première partie fascinante. C’est lui qui a imaginé le dispositif scénique, un plateau tournant fait de miroirs où le corps de Lulu est omniprésent. Omniprésent aussi le portrait de Lulu en pierrot à la fois sauvage, espiègle, lubrique et enfantin. Lulu est une image fabriquée par les hommes. Mais elle est elle aussi. Complexe. Une création qui échappe à ses créateurs.

 

Elle est incarnée par Chloé Réjon qui déploie toute l’énergie, les chatteries, la vulgarité, l’innocence, l’inconscience, la perversité qu’il faut. Vraiment remarquable. Les comédiens qui l’entourent sont presque tous à la hauteur et c’est un bonheur de voir une pièce avec de nombreux acteurs quand pour des raisons économiques les théâtres recourent souvent aujourd’hui à des dispositifs plus légers.

 

Mais (but), il y a toujours un mais, c’est quand même un peu long. La deuxième partie, dans la misère de Londres traîne d’autant plus que l’on sait très bien comment cela ne va pas manquer de finir. Pourtant tout le monde a tenu le coup. Vive le Théâtre !

Publicité

Publié dans Théâtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article