Promenade au musée Jacquemart André
Dimanche, je suis retournée au Musée Jacquemart André avec l’Homme, Perle de Rosée et Luke cette fois. Nous avons accompli le même parcours qu’avec mes parents deux semaines auparavant. Seulement, dimanche, il neigeait. Et oui, Camille, la rue était un égout sans fond où les phoques les plus informes rampaient sur des montagnes de fange.
Nous, dans le rôle des phoques descendant la rue de Miromesnil. Une fois arrivés, nous avons repris forme humaine dans la splendeur et le confort du salon de thé. Le brunch que nous avons longuement dégusté nous a bien récompensés de nos peines.
Après la restauration, place à l’art. Nos priorités ont été respectées. Ils sont allés voir l’exposition sur les peintres du XVIIème siècle que j’avais déjà vue. Pendant leur parcours, j’ai eu le temps de contempler un tableau de la salle vénitienne. Sans doute les enfants ont-ils été heureux d’adopter le rythme enlevé de l’Homme, malgré les audio guides dont j’avais pris la précaution de les munir.
La salle vénitienne contient plusieurs miracles mais mon préféré est un Carpaccio : l’Ambassade d’Hippolyté, reine des amazones, auprès de Thésée, roi d’Athènes. Hippolyté occupe le centre du tableau, fièrement campée sur son destrier. Elle porte sans effort un lourd casque orné d’un dragon. Elle allie prestance guerrière et sens féminin de la parure. Jeune et belle, elle adresse au Roi un regard à la fois surpris et déçu. Six amazones composent sa suite, six amazones belles, jeunes, blondes comme leur reine, richement parées à la mode orientale. L’une d’elles, peut-être, à demi-dissimulée, montre un visage plus sévère et marqué par l’âge.
Thésée trône sur une estrade au second plan. Il est entouré de jeunes gens vêtus à la mode de la Renaissance mais lui est vieux, barbu, fatigué, tassé au fond de son trône. Il est loin le fringant jeune homme qui enleva Ariane.
Au premier plan, face à Hippolyté qui ne le regarde pas, un scribe est à son pupitre, sans doute pour fixer par écrit le traité qui mettra fin à la guerre qui amena les amazones jusqu’au centre d’Athènes après l’enlèvement de l’une d’entre elles, Antiope. Le scribe aussi a l’air surpris. Il est sans doute effaré devant tant de beauté. Je me demande pourquoi Hippolyté fait cette mine. Je vais chercher mais ça va me prendre des heures : internet ne s’intéresse pas à ce genre de choses. Il faudrait lire Plutarque.
Au pied de l’estrade, immobile, un chien fidèle évite d’effrayer les chevaux. Il a raison, ce sont des bêtes à le piétiner, comme ils piétinent les mille fleurs que le peintre a semées à leurs pieds.
Hippolyté, belle et terrible, Carpaccio t’a adoucie comme une Vénitienne raffinée. Les steppes orientales sont loin. Mais je t’aime comme ça.