| Du reste, c’était joliment décoré et tout à fait central, à deux pas de la cathédrale. Le grand choc, à Grenade, c’est la visite de l’Alhambra. Sur un aride piton rocheux, entouré de murailles presque rouges, ce site regroupe des palais, des habitations, des jardins construits au fil du moyen âge par les émirs qui régnaient sur la ville. C’est un endroit merveilleux, suspendu entre les neiges de la Sierra Nevada et la poussière de la ville. La finesse des stucs, les entrelacs architecturaux rivalisent de grâce avec une végétation domestiquée au bruit des fontaines. Nous avons commencé par visiter le Generalife, palais d’été, tout au bout d’un chemin bordé de cyprès. Construit en à-pic, il capte le moindre souffre de fraîcheur. Il est simple et charmant, tirant sa beauté de ses jardins et de ses eaux. Après un long détour, nous sommes allés tout au bout de l’Alhambra, là où l’on domine Grenade, à un endroit qui s’appelle l’Alcazaba. C’est la partie la plus ancienne, là où séjournaient les troupes. C’est assez austère. La suite n’en est que plus éblouissante. La suite, ce sont les palais Nasrides. On y pénètre sur réservation, chaque demi-heure, dieu merci. Cela empêche qu’il n’y ait foule. Pendant notre attente, nous avons assisté à quelques scènes savoureuses où des touristes qui n’avaient rien compris et qui avaient des billets pour une heure plus tardive essayaient de convaincre le gardien de les laisser passer. Ils avaient un bus à prendre. Ils ne pouvaient pas attendre si longtemps. Sachez-le, le gardien ne parle qu’espagnol. Quand il a envie de se distraire, il écoute l’histoire, se fait traduire, explique, prend les autres à témoin, mais jamais il ne cède. Il faut entrer dans sa demi-heure ! Gracias ! Les palais Nasrides étaient la résidence officielle des émirs de cette dynastie. Ils se composent d’un véritable enchevêtrement de cours, de corridors, de salles officielles. A moins d’être très concentré sur le plan, on ne comprend pas leur organisation. On se laisse aller au hasard des découvertes. Chaque pièce paraît plus magnifique que la précédente, chaque plafond plus mudejar, chaque balustrade plus finement ouvragée, chaque revêtement d’azulejos plus mauresque. Raffinement et sérénité. Ces gens-là savaient vivre ! Hélas, une grosse déception nous attendait dans la fameuse cour des lions, l’endroit le plus connu du palais le plus connu de l’Alhambra. L’équilibre de cette merveille d’élégance avait disparu pour laisser place à un chantier tellement prosaïque. Et la fameuse fontaine des 12 lions avait été déplacée pour restauration. Malheur ! Ensuite nous nous sommes délassés dans les jardins du Partal non sans émettre quelques commentaires désobligeants sur l’énorme palais que Charles Quint a cru bon d’édifier en plein milieu de l’Alhambra, au mépris de l’harmonie des lieux. Puis, à regret, nous somme descendus vers Grenade, traversant des jardins encore et encore, passant sous la porte de la justice où la clef sculptée attend paraît-il le retour des anciens maîtres de Grenade. La ville de Grenade possède moins de charme que Séville mais elle est plus animée. Les routards ne s’y trompent pas qui font de la Plaza Nueva leur lieu de ralliement. A certains endroits, on se croirait dans un souk et les teterias (salons de thé arabes) abondent. Au thé à la menthe, nous avons préféré le chocolate con churros. Il se trouve à Grenade une place (Rib-Rambla) entourée d’estaminets dont c’est la principale activité. Ils en font tous ! et ces churros sont énormes ! Les foudres du seigneur vont bientôt frapper ce lieu de perdition. Nous y avons pris plusieurs petits déjeuners hypercaloriques. Au chapitre des découvertes culinaires, je peux encore citer la tortilla del Sacromonte, omelette à la cervelle et aux testicules de mouton, moins surprenante que je ne m’y attendais, les Riñones al Jerez (rognons d’agneau grillés et agrémentés d’une sauce au Jerez (va savoir lequel…)) que l’Homme a bien aimés et les habas qui sont des fèves ENOrmes. A une terrasse, un soir, j’ai dû m’enfile 5 manzanillas avant d’obtenir mon vino de Jerez. La serveuse, un peu agacée, m’a expliqué qu’il fallait demanderdu « vino alorosso ». Soit ! Le lendemain, j’ai essayé le « vino de malaga », celui qu’affectionnent les vieilles anglaises. Un peu trop sucré à mon goût. On a l’impression de boire du caramel. Mais au moins, c’est simple à commander et univoque. Nous avons aussi fait une charmante promenade, le long du Darro, petite rivière qui coule entre la colline de l’Alhambra et celle de l’Albayzín. Les jolies façades des maisons, l’herbe des rives et les petits ponts de pierre forment un charmant paysage. Et la rue mène au pied de l’Albayzín, l’ancien quartier arabe qui a conservé un indéniable caractère de médina avec ses petites maisons d’un blanc éclatant, ses ruelles étroites et escarpées et ses bougainvillées. Nous avons grimpé, grimpé… jusqu’au mirador de Saint Nicolas. Et là, la vue sur l’Alhambra nous a coupé le souffle que nous avions déjà perdu. Une terrasse ensoleillée, quelques gitans qui poussaient la chansonnette ont gaiment complété ce délicieux endroit. Bien entendu, nous avons aussi salué Isabel et Fernando qui dormaient sous leurs gisants de marbre blanc dans la chapelle royale accolée à la cathédrale. La cathédrale elle-même, un peu lourdingue à l’extérieur, se révèle claire, élégante à l’intérieur. Le chœur est orné de sept très beaux tableaux qui racontent la vie de la Vierge. Nous avons quitté Grenade le dimanche 20 mars. Sur la route de Cordoue, nous avons fait une halte à Baena où l’on trouve la meilleure huile d’olives de la région. Mais le dimanche, tout est fermé. Heureusement, un sympathique café sur la place principale nous a permis de nous restaurer. « Alorosso », ça ne leur disait rien. Mais c’est eux qui m’ont indiqué le moyen de me procurer mon vino de Jerez sans me tromper : je devais me servir du nom de la marque la plus célèbre et demander un Pedro Ximenez ! | | Le Generalife Le Generalife Les Palais Nasrides La cour des lions sans les lions Dans les jardins du Partal Pause glace. Le long du Darro Vue sur l'Alhambra et la sierra nevada Il avait chaud, mon Hidalgo ! Au mirador San Nicolas Classe, la boite aux lettres ! |