Le roman de nos vacances au Portugal - Episode final
Luke et Léia étaient arrivés à Ericeira. Ils avaient rejoint les enfants et tinrent dès leur arrivée une réunion de crise dans la piscine. Léia dirigea naturellement les opérations.
- Le fait que vous ayez retrouvé une arme laisse penser qu’ils ont été enlevés. Comme nous n’avons pas eu de demande de rançon ni de revendication terroriste, il s’agit sûrement d’une conjuration secrète. On voit ça tous les jours sur internet mais les autorités se taisent. Ils veulent nous faire croire que rien de tout ça n’existe. C’est comme le 11 septembre…
- Tu as raison ! C’est sûrement les francs maçons, l’interrompit Perle de Rosée. On voit des signes maçonniques partout dans ce pays.
- Ou ils ont été enlevés par les extra terrestres renchérit l’Aviateur.
- Je penche plutôt pour un meurtrier en série. On n’est pas prêts de les revoir, pronostiqua Luke.
- Dis pas ça, protesta la Comtesse. Moi je crois que c’est une secte satanique qui les a emmenés par les souterrains du château pour manger leurs cœurs pendant une messe noire.
- Tu trouves ça moins grave toi ? T’es drôlement tordue !
- Arrêtez ! toutes ces idées me paraissent valables. On va se séparer pendant deux heures. Chacun cherche si un indice ou même un minuscule signe corrobore sa version. Après on se réunit et on décide quelle piste suivre en premier.
Deux heures plus tard, les faits réunis furent les suivants :
- aucun OVNI n’avait été aperçu dans les parages depuis au moins 3 mois.
- les meurtriers en série portugais étaient tous sous les verrous ou privés de leur nationalité.
- l’organisation la plus ressemblante à une secte satanique au Portugal était l’église catholique et elle avait perdu beaucoup de crédit depuis son appui à Salazar.
- le guide vert présentait la quinta da Regaleira, à 20 km de là, à Sintra, comme un haut lieu de l’ésotérisme et de la franc-maçonnerie.
Léia décida immédiatement :
- On commence par la franc maçonnerie et la quinta de Regaleira. Exploration demain très tôt. Je suppose que personne d’autre ne conduit ?... bon, je prendrai la voiture de Brin d’Acier. Ne vous inquiétez pas, j’ai pris au moins une leçon.
Le lendemain matin, tandis que la voiture de Brin d’Acier souffrait de la conduite un peu hasardeuse de Leia sur la piste poudrée qui mène à Sintra, nous étions réveillés par nos gardiens et conduits à pied au fond d’un puits étrange.
Là Henri nous expliqua :
- Vous voulez faire vos tests dans un endroit chargé de spiritualité, je vous en ai trouvé un. Vous êtes à la quinta da Regaleira, au fond du puits initiatique maçonnique construit par Carvalho Monteiro, au début du XXème siècle. Vous allez tenter vos expériences sur l’un d’entre vous au fond de ce puits. La seule issue est cet escalier et il sera gardé. Remontez seulement quand vous aurez quelque chose à montrer. Moi je vais manger quelques tartelettes pour mon petit déjeuner. Travaillez bien.
Une fois seuls, nous nous assîmes sur le sol gluant d’humidité verdâtre sans égard pour nos fonds de culotte, découragés. Nous n’échangeâmes même pas un mot. Le soleil se levait lentement. L’ombre s’allégeait au fond du puits mais le ciel sur nos têtes pesait comme un couvercle.
Soudain, la paroi de pierre bascula. Un passage secret s’ouvrit dans la roche et la tête ébouriffée de la Comtesse nous salua.
- Chut ! venez vite. Il y a un souterrain.
Nous eûmes le réflexe approprié de la suivre en silence. Dans l’étroit boyau qui serpentait sous les pieds de nos gardiens, nous avançâmes courbés, guidés par l’intrépide Perle de Rosée qui maîtrise ce genre d’endroit comme personne. L’heure des explications n’avait pas encore sonné mais l’étonnement était à son comble de part et d’autre.
L’alerte n’avait visiblement pas encore été donnée quand nous nous engouffrâmes à 9 dans la voiture de Brin d’Acier et nous démarrâmes dans le plus grand désordre. Nos estomac étaient noués. Nous roulâmes longtemps avant d’oser parler et de nous raconter mutuellement nos aventures. Nous n’avons plus jamais entendu parler de cet illuminé d’Henri le Navigateur. Germaine nous guida par des chemins détournés jusqu’à la frontière, puis jusqu’à l’autre frontière. Là, je demandai qu’on s’arrête un moment. Avisant une baguette de coudrier qui trainait dans le fossé, je m’en emparai pour tracer d’un geste décidé une ligne le long de la frontière.
- Nous pouvons repartir. Il va voir du pays, Henri.
Une mince fissure apparaissait déjà dans la poussière. La péninsule ibérique ne tarderait pas à se détacher de l’Europe, emportant avec elle tous les navigateurs portugais et leurs rêves de conquêtes.
De notre côté, nous nous arrêtâmes dans le premier bar pour prendre enfin un copieux petit déjeuner et je renonçai au régime.