Les Esterházy, princes collectionneurs à la Pinacothèque

Publié le par Rhoda

 

Ouverte depuis 2007 dans un ancien magasin Fauchon, la pinacothèque connaît un succès fulgurant.  C'est un musée privé qui fonctionne grâce aux entrées et aux ventes de la boutique. Il applique donc les recettes marketing du privé, à grand renfort s'affichage publicitaire. Les entrées ne sont pas données. Mais les expositions sont vraiment excellentes, alors de quoi se plaint-on ? Elles sont le plus souvent si intéressantes que je j'avais pris l'habitude de me rendre à la pinacothèque une ou deux fois par an, au rythme de leurs accrochages.

 

Raphaël - La Vierge et l'enfant avec le petit saint Jean - vers 1508

Raphaël - La Vierge et l'enfant avec le petit Saint Jean - Vers 1508

   Il va falloir changer de braquet ! Le panneau publicitaire lumineux de la station Villiers, celui qui ressemble à un ifon, m'annonce une exposition Esterházy, une exposition Romanov, des collections permanentes ... Et l'exposition des incas qui n'est pas finie ! Tout ça en même temps! Dans 2000m2 !

Je me renseigne. La Pinacothèque s'est agrandie. Elle s'est emparée d'un espace de 3000m2 dans un immeuble voisin du premier site. Quel succès !

Vendredi dernier, à 10h15, dûment munie de mon billet coupe-file à 12,50€, je rejoins la petite file d'attente qui grelotte devant la porte du 8 rue Vignon. Les trottoirs de ce coin de la place de la Madeleine ne laissent plus passer les piétons et il ne se passera sans doute pas longtemps avant que les grognons du quartier ne protestent.

 

J'ai choisi de voir d'abord l'exposition Esterházy, les Romanov attendront. Les espaces sont agréables, les visiteurs pas trop nombreux. L'exposition présente une cinquantaine d'oeuvres provenant du Musée des Beaux Arts de Budapest. Elles sont organisées par école: italienne, française, espagnole, du nord. Elles ont été acquises par la fastueuse famille Esterházy, entre le XVIIème et le début du XIXème siècle. Fidèles de la famille impériale d'Autriche Hongrie, guerriers valeureux, diplomates habiles, les Esterházy se virent récompenser par le titre de prince et élevés à la dignité de grand palatin de Hongrie. Ils firent aussi de beaux et riches mariages, soutinrent la contre-réforme, bâtirent des châteaux. Ils se cherchèrent des ancêtres plus lointains et prétendirent sans crainte du ridicule descendre d'Attila. Ils furent grands seigneurs et fastueux. Mais surtout, ils furent des collectionneurs passionnés, réunissant au fil des siècles, des cadeaux et des acquisitions, une collection de plus de mille peintures. Cette collection voyagea beaucoup dans leurs multiples demeures, avant d'être vendue à la Hongrie et de constituer le cœur du Musée des Beaux Arts de Budapest à sa fondation en 1896.

Au sein de cette collection, il est une délicate et douce madone de Rafael, visible à la Pinacothèque, surnommée Madone Esterházy, merveilleux hommage à ses collectionneurs. Ce sont d'ailleurs les tableaux italiens de l'exposition qui m'ont le plus enchantée : la madone susnommée, une Sainte Catherine d'Alexandrie de Marco Basaiti lisant en apesanteur dans le désert, une Annonciation intense et dramatique de Strozzi, un repas des pèlerins d'Emmaus, du Tintoret, où les personnages principaux et le chat semblent des fantômes placés dans un décor trop réel.

 

Atelier de Lucas Cranach l'Ancien - Lamentation surle Christ mort - vers 1520

Atelier de Lucas Cranach l'Ancien - Lamentation sur le Christ mort avec Saint Wolfgang, Sainte Hélène et donnateurs inconnus - vers 1520

  Du côté des espagnols, j'ai admiré La sainte famille et le petit saint Jean Baptiste dans une scène touchante d'intimité et une céleste Immaculée Conception de Zurbarán. Elle piétine un bouquet de petites têtes d'anges qui doivent souffler très fort vers le sol pour qu'elle s'élève.

Plus au nord, deux magnifiques portraits de dames empesées de noir à collerettes et dentelles opposent leur placidité à un vigoureux portrait d'homme par Franz Hals. Pour finir, une descente de croix de l'atelier de Lucas Cranach l'Ancien nous montre un Christ pantelant, au corps en virgule, pleuré par ceux qui le soutiennent tandis que de tout petits personnages en bas du tableau (les donateurs, le monde d'en bas) prient éperdument. 

 

L'exposition était petite, mais de qualité. J'ai ensuite voulu continuer ma visite par les collections permanentes. Il y avait beaucoup de monde mais je me demandais vraiment comment une institution aussi récente avait pu réunir des collections permanentes. En fait, les œuvres qui y sont exposées sont des prêts à plus ou moins long terme de collectionneurs privés. Je suppose que nous devons cette générosité à la personnalité entière de Marc Restellini, directeur de la Pinacothèque. Nous lui devons aussi ce choix que j'ai adoré s'exposer les oeuvres non par école et par époque, comme ça se fait traditionnellement dans les musées, mais par thème et par affinité. Il faut vraiment que j'y retourne pour voir ça plus longuement. Je crois que je vais organiser une nocturne pour les affreux. Deux expositions qui célèbrent des collections historiques ayant donné naissance à deux des plus beaux musées du monde, penchées comme des bonnes fées sur le berceau de ce nouveau musée parisien, voilà une idée épatante.

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Publié dans Musées - expositions

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R
<br /> Chez les Esterházy, donnez moi le traitre :<br /> Ferdinand Walsin Esterhazy, enfant naturel de la famille, auteur véritable de la trahison dont fut accusé Dreyfus. Protégé par l'armée comme on sait.<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Ça ne m'étonne pas du tout que la peinture italienne soit encore une fois, dans cette exposition, la plus belle. Même au rugby, on vous aura bientôt !<br /> <br /> <br />
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