Trésor des Médicis, au musée Maillol
| SANDRO BOTTICELLI, Adoration des Mages, 1475-1476 Détrempe sur bois, Florence, Galleria degli Uffizi | J'ai visité vendredi matin la très intéressante exposition que le Musée Maillol consacre aux collections accumulées par les Médicis à Florence. Je l'ai visitée dans des conditions exceptionnelles. Entrée parmi les premiers visiteurs, j'étais presque seule dans chaque salle, excepté deux messieurs particulièrement cultivés qui allaient à peu près à mon rythme. Ils connaissaient bien l'histoire de Florence et ont enrichi ma visite de commentaires que je |
n'ai pu m'empécher d'écouter. C'est tellement rare de ne pas être gêné par un flux de visiteurs que j'avais presque oublié combien c'est agréable !
Les Médicis furent marchands, banquiers puis famille régnante. Tous ont compris que la postérité leur accorderait une reconnaissance émue non pour leur gouvernement, ni pour leur puissance, mais pour leurs actions en faveur des arts. Ils ont donc collectionné à grande échelle et protégé des artistes. Au crépuscule de leur règne, la dernière Médicis, Anne Marie Louise, a réalisé leurs voeux en signant en 1737 un pacte avec la ville de Florence à qui elle léguait les trésors de sa famille afin qu'ils restent "à la disposition de toutes les nations". Merci Madame, merci à tous.
Le mécénat des Médicis avait des aspects multiples et parfois surprenants que cette exposition permet de découvrir.
Ils furent de grands collectionneurs d'antiques. On découvre ainsi des camés dont la délicatesse émeut à travers les siècles. Ils ont protégé, entre autres artistes, Botticelli et Michel-Ange dont on peut voir deux oeuvres magnifiques. Ils adoraient les marqueteries de pierres dures et ont créé un atelier qui réalisait de précieuses merveilles et qui travaillera longtemps après leur disparition. Ils se sont intéressés aux sciences, ont protégé Galilée (sans pouvoir empécher son procès), ont favorisé des publications, acheté des écorchés et de multiples instruments astronomiques. Ils ont aussi collectionné les arts premiers longtemps avant Jacques Chirac, malgré l'absence d'implication de Florence dans les grandes découvertes. Ils ont acheté de magnifiques objets en provenance des Amériques ou d'Afrique. Quand leur décadence est venue, ils ont abandonné les sciences pour les bondieuseries, enrichissant les églises de somptueux ex-votos d'un goût discutable.
Une salle de l'exposition montre l'étendue de cette famille en un gigantesque arbre généalogique où pullulent les grands ducs, les reines de France, les papes et les alliances avec tout le ghota des trois siècles de leur grandeur.
Alexandre Dumas a très exactement résumé les sentiments qui nous saisissent à Florence ou dans ce petit bout de Florence exposé au Musée Maillol :
"Que les Médicis dorment en paix dans leurs tombeaux de marbre et porphyre ils ont fait plus pour la gloire du monde que n’avaient jamais fait avant eux et que ne feront jamais depuis, ni princes, ni rois, ni empereurs."